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Quand la poésie devient musique
Le Cloître de la chartreuse de Molsheim a servi d’écrin, vendredi dernier, à une promenade poétique à travers textes et musiques, magnifiés par l’interprétation du Quatuor Laqué et la verve d’un diseur hors pair. C’est toujours un pari un peu audacieux que de vouloir donner à entendre de la poésie. D’autant plus risqué de le faire un soir où l’équipe de France de football tente de se qualifier pour une place en demie-finale d’une compétition européenne. Et bien, contre toute attente, un public chaleureux avait répondu à ‘appel de l’Association pour l’Animation de la Chartreuse qui expérimentait une nouvelle configuration, pour le troisième de ses Vendredis estivaux, installant son estrade sous les voûtes du cloître. Une acoustique idéale, propre à la méditation, et qui souligne la splendeur vocale du Quatuor Laqué, un ensemble d’exception, venu de Suisse. Kajsa Lemcke, soprano ; Anne Andrey-Chassot, alto ; José Perritaz, ténor et Albert Nussbaumer, basse : quatre voix superbe qui fusionnent, se séparent, fuguent et s’entrecroisent, tout entière dédiées au service de la ligne mélodique et du chant.
Acrobatiques et virtuosesAvec une nette prédilection pour l’onomatopée et la fantaisie, couvrant un large spectre depuis la Renaissance jusqu’aux chansons acrobatiques et virtuoses, dans la filiation des Frères Jacques, revisitée par la rigueur vocale des King’s Singers. Au-delà de la justesse et de la perfection des voix, l’humour et un ton un rien décalé emportent l’adhésion d’un public estomaqué par les chansons descriptives de Clément Janequin. Ce contemporain de François Premier auteur de « La Guerre » ou du « Chant des oiseaux » ne cesse de surprendre mettant en scène avec un art consommé les rumeurs d’un champ de bataille ou le ramage des merles, rossignols et autres coucous dans une véritable volière mélodieuse.
Dire et séduireEn contrepoint à la magie musicale déployée par les chanteurs, l’étonnant e figure de Guy Mercier, conteur et raconteur, tantôt cocasse, drolatique ou émouvant, impose son interprétation facétieuse, ou bien profonde, toujours sensible, des textes des poètes de toujours et aujourd’hui. Tant il est vrai que la parole du poète, pourvu qu’on lui prête voix, ne cesse de nous être contemporaine. Ainsi Charles Cros et son hareng saur sec, sec, sec ; l’inénarrable querelle des Dovoboddémonédés de Bonnada , transcrite par Henri Michaux ; Prévert, hugo et tant d’autres encore qui s’adressent à la plus subtile part de notre personne, à laquelle il faut savoir tendre l’oreille. À l’issue d’une soirée rare et intense, chacun s’en est retourné avec au coeur une petite étincelle un peu plus riche d’humanité. Ainsi le site exceptionnel de la Chartreuse inspire-t-il à ceux qui savent s’y retrouver des moments de paix et d’harmonie.
DNA, 30 juin 2004
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